L'autogire, la machine idéale pour la photographie aérienne?...
Autogyre (ou autogire, ou gyrocoptère) Airbet Girabet II
Une
question me harcèle depuis un certain temps, l’autogyre
Girabet ne serait-il pas « l’arme absolue » pour la
photographie aérienne ? Ne vais-je pas devoir faire quelques
infidélités au paramoteur ? Cette machine étonnante est depuis longtemps gravée dans un petit coin de ma cervelle. Tout commence il y a déjà presque 10 ans par deux vols en autogire Magni avec Serges Maurice aux commandes. C’est alors une machine rarissime, une grande découverte pour moi. Pendant toutes ces années que je le côtoie, Yves Hélary, mon instructeur paramoteur, ne cesse de réaffirmer son fantasme pour le pilotage autogyre. Enfin, Gilles Fovet, mon mannequin paramoteur favori et ami, en rajoute une large couche chaque fois que nous scrutons le ciel sans pouvoir déplier nos chiffons. Car ces ULM sont les seuls à pouvoir voler par vent fort. Mais pour moi comme pour la plupart des autres pilotes, l’autogire reste une sorte de fantasme, proche de l’hélicoptère, une machine aussi dangereuse que couteuse. |

Autogyre
Airbet Girabet II
Novembre
2009, ma situation a évolué, je vends des images et reçois
régulièrement des propositions de reportages, que je refuse
systématiquement faute de pouvoir les assumer. Je suis cloué
au sol depuis un mois par la pluie, les nuages ou le vent. Même
si la couverture nuageuse ne m’empêche nullement de voler,
inutile d’espérer de bonnes images. C’est dans un
état quasi déprimé que je reçois un mail
de Christian Laboute, pilote autogyre, qui me présente ses images.
Là, c’est le choc ! De belles photos, assez proches de
ce qu’on peut faire en paramoteur, il me confirmera rapidement
être à la fois pilote et photographe. Je l’appelle
un jour de grand vent où je suis inoccupé, j’entends
un bruit de moteur, il s’apprête à décoller
!... Il semble donc possible de faire des images intéressantes
en autogire tout en profitant à la fois d’une fenêtre
météo considérablement élargie. Détail amusant, Christian est en proie aux mêmes doutes, le paramoteur ne serait-il pas la machine idéale pour la photographie ?... Cette nouvelle idée ne me quittant plus, je commence par un petit bilan de mon activité photo des années précédentes. Un des très nombreux avantages de Lightroom, mon soft de gestion d’images, c’est de pouvoir afficher toutes les dates des mes quelques 47000 images. En gros, ce mois de février 2010, j’arrive à un petit millier de vols, une centaine par an, en comptant les vols de 5mn au terrain d’Yves pour essayer une nouvelle aile ou un nouveau moteur. Mais il est plus intéressant de comptabiliser les « vols photos », d’où je ramène des images mises en ligne ou sélectionnée par mon agence photo. Là, rien de plus simple d’afficher le nombre de dates, même si une date peut représenter 1, 2 voir 3 vols dans la même journée : 2007 : 90 dates (ça, c’était vraiment un bon cru !...) 2008 : 56 dates (les années se suivent mais ne se ressemblent pas, à l’instar de la météo) 2009 : 70 dates Ces 2 dernières années, devant assurer une grosse commande d’images que je n’avais pas, je peux vous assurer que le paramoteur était en état d’alerte rouge 4 jours par semaine, vacances scolaires comprises. Il m’était donc impossible de voler plus. Un simple petit calcule montre que pour l’année 2009, année plutôt moyenne, j’ai pu effectuer des images aériennes 1 jour sur 5. Compte tenu de l’éditing fastidieux qui suit chaque vol photo, ce n’ai pas si mal pour un photographe dont ce n’ai pas le principal métier, très prudent dans le choix de ses conditions de vol. |

Décollage
de l'autogire Airbet Girabet II au salon ULM de Blois
Mais
les petits vols locaux improvisés lors d’une fenêtre
météo aussi soudaine qu’imprévue ne fausse-t-ils
pas la donne ? Qu’en est-il des images sur commande, pour lesquels
l’éloignement du domicile nécessite des prévisions
fiables ? Réponse simple encore une fois, il me fallait survoler
le plus possible la Seine-Maritime en 2008, puis l’Orne en 2009,
dans les 2 cas, je m’y suis rendu chaque fois que le site Météo
France m’annonçait des conditions calmes et un minimum
d’ensoleillement. 2008, 10 vols et deux déplacements inutiles
pour cause de vent trop fort. 2009, 10 vols dont certains écourtés,
toujours pour cause de vent forcissant. La spécificité du vol paramoteur apparaît bien là, il est courant de pouvoir se « mettre en l’air », en local, mais beaucoup plus rare de faire un long vol, stable et ensoleillé à la fois, planifié au moins la veille. Bref, parfaitement adapté au pilotage ludique, au loisir, mais beaucoup moins à une activité photographique professionnelle. Evidemment, le photographe non chargé de famille dont c’est l’activité à plein temps volera plus que moi, mais il faudra aussi qu’il en dégage suffisamment de bénéfices pour en vivre. Pendant les semaines suivantes j’étudie de près ce drôle d’engin, si peu connu, en surfant des heures sur le forum dédié et sur les quelques sites de passionnés ou de constructeurs. J’ai vite fait le tour du francophone, globalement peu d’infos et souvent assez anciennes. Peu de données chiffrées et de témoignages, quelques réflexions philosophiques sur la dangerosité des machines, … je reste un peu sur ma faim. Car l’autogire ne fait pas l’unanimité, pour certains, c’est une machine dangereuse. La voilure tournante a beaucoup d’avantages, quand elle tourne !... Je ne vais débattre ici des risques de l’autogire, je ne suis pas compétant et il s’avère difficile de faire la part des choses. Connaissant bien le milieu des pilotes (moto ou ULM), je sais que leur opinion est souvent entachée d’affectif. Avouer que sa machine a de gros inconvénients, c’est aussi reconnaitre que l’on s’est planté dans ses choix. Issu du paramoteur, l’ULM reste pour moi une machine fragile (légère) et de conception artisanale. Le risque de rupture fatale en paramoteur étant quasi nul, puisque ne concernant que la liaison aile – pilote peu solicitée, je vois bien que c’est à peu près l’inverse pour un autogire : gouvernes, rotor, tête de rotor, commandes et leurs câbles, toutes ces pièces apparaissent comme vitales. Et pourtant, beaucoup subissent de fortes contraintes mécaniques. De plus, la voilure tournante semble interdire, ou compliquer l’usage d’un parachute de secours. Pas de joker en cas de rupture ! Il semble qu’il y ait très peu d’accident de cet ordre, mais je sais aussi que la majorité des pilotes n’usent pas beaucoup leur machine en faisant quelques tours de piste les weekends. Dans mon optique photo, je risque de sortir des statistiques en accumulant les heures de vol et devenir en quelque sorte « pilote d’essai du long terme » !... Au chapitre des gros avantages de l’autogire, sa capacité à voler dans le vent et les turbulences, donc, pour un photographe, voler souvent (journées ventées) et toute la journée (thermiques). La possibilité de voler assez vite ou très lentement (voir stationnaire), de poser très court sont aussi des atouts de taille. |


Tête
de rotor de l'autogyre Airbet Girabet II
Je
suis empêtré dans ses réflexions quand je décide
d’apporter des réponses en prenant un premier cours, avec
appareil photos. Je contacte Bruno, instructeur autogire sur l’aérodrome
de Saint-André-de-L’Eure, et conviens d’un vol le
weekend. Ce même jour, je tenterai un vol paramoteur le matin,
en avançant péniblement face au vent tout en me faisant
secouer notablement. Evidement, son magnifique MT03 ignorera complètement
les quelques turbulences de l’après midi. Pendant ce vol,
Bruno prendra visiblement plaisir à me montrer les possibilités
de son appareil puis me laissera les commandes. Le pilotage est particulièrement
ludique, la machine vive et j’en ressors assez rassuré
quand au domaine de vol. Certaines évolutions me paraissent assez
engagées sans pour autant avoir la sensation de m’approcher
d’une quelconque limite. Le plus étonnant est la réactivité
des commandes, un changement de cap nécessitant qu’une
très faible pression sur le manche. Les choses se gâtent
quand je tente quelques images. En place arrière, je subis toutes
sortes de turbulences, celles de l’hélice, du vent relatif
et du rotor. Il m’est impossible de stabiliser mon appareil photo
et il m’est difficile de cadrer correctement. Il sera toujours
possible de faire quelques images, les miennes se sont d’ailleurs
avérées nettes, mais on est loin du confort de prise de
vue apporté par le paramoteur. Ce vol m’a au moins confirmé
une chose, ces magnifiques machines en tandem comme les Ela, MT03, Magni
sont des objets de plaisir, taillés pour les grandes distances,
mais pas des outils photographiques. Le soir, mon fils surfe sur internet à mes côtés quand il me montre une Jaguar de rêve. Je lui demande le prix … 50000€. Sans le savoir, il vient de m’infliger une bonne douche froide, c’est le prix de la machine avec laquelle je viens de voler. Comparativement, elle était pourtant équipée d’un moteur plutôt « primaire » et je n’ai pas souvenir de cuir ni de loupe de noyer !... |

Autogire
MT03
Mais
je ne lâche pas l’affaire si facilement. Si je n’ai
pas trouvé la bonne machine, j’ai au moins trouvé
un instructeur sympathique, sérieux, qui n’a rien à
me vendre. Ce n’est déjà pas si mal. L’autogyre
capable de supplanter le paramoteur sur la capacité à
satisfaire un photographe n’a pas besoin d’aller vite. Je
préfère pouvoir l’emmener où je veux sur
remorque, au chaud, puis rayonner autour du point d’envol. Donc
une machine simple, stable, capable de décoller court, au moins
en solo, avec si possible un moteur 4 temps. Pour essayer d’en savoir encore plus, je lis les principales interventions que l’on trouve sur le seul forum actif francophone : http://forum.quick-web.com/forum.php?login=autogire Il s’agit d’un historique regroupant les discutions animant les pilotes (ou pas) entre 2001 et 2009. Globalement, on ne peut pas dire que cette lecture incite à persévérer dans le vol autogire. La plupart des débats concerne la façon d’améliorer les gros défauts des machines, les sorties du domaine de vol et les manœuvres à éviter. Sans compter les quelques accidents mortels qui viennent ponctuer les discutions de temps en temps. Accidents qui concernent à chaque fois un débutant peu formé ou un expérimenté trop en confiance !... Bref, chacun y va de son idée pour que cette machine « se casse un peu moins souvent la gueule », on est très loin des sujets de discutions qui occupent les forums paramoteurs. |

Donc, entre le budget, les nombreuses contraintes, les vibrations néfastes pour la photographie et mon instinct de survie, … je me laisse encore le temps de la réflexion. Prochaine étape en avril prochain, avec l’essaie grandeur nature d’un Girabet II en Espagne !... Soit c’est le coup de cœur pour une machine parfaitement adaptée à la photographie aérienne et je réfléchis plus avant aux nombreuses contraintes pratiques, soit j’abandonne définitivement l’idée. Mai 2010 |
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